mardi 1 mai 2012

Retour sur les enjeux des présidentielles américaines 2012

Après l'abandon de Rick Santorum, c'est au tour de Newt Gingrich d'annoncer son retrait, de la course à l'investiture républicaine, ce qui confirme Romney comme challenger d'Obama le 6 novembre prochain.


L'issue de ces élections sera déterminante, et ce, quel qu’en soit le résultat, pour le futur des États-Unis et celui des relations internationales. Dans cette optique, Victor A. Béliveau (étudiant au doctorat à l'Université Laval) a pris l'initiative d'organiser, le 26 avril dernier, une conférence visant à expliquer les enjeux inhérents à ces élections.

Tour à tour, les conférenciers ont abordé des notions et enjeux essentiels comme le mécanisme électoral américain, les dynamiques de campagne, le bilan de fin de mandat d'Obama, et les défis qui attendent les Républicains s'ils veulent l'emporter.

Retour sur la genèse du système électoral

Après une entrée en matière de John Parisella (ex-délégué général du Québec à New York), Victor A. Béliveau a débuté sa présentation par l'explication du système électoral américain. A l'origine, les pères fondateurs souhaitaient mettre en place le meilleur système politique possible. L'objectif était de protéger les individus de l'autoritarisme, d'où l'instauration du principe de la séparation des pouvoirs. Mais pour éviter toute possibilité de tyrannie de la majorité, ils limitèrent également le pouvoir du peuple. Ce qui fait qu'aujourd'hui encore les Américains n'élisent pas directement leur président.

En effet, lors des élections présidentielles, même si le nom des candidats est inscrit sur les listes, les citoyens ne votent pas directement pour leur favori mais désignent 538 grands électeurs qui constituent le collège électoral. La répartition du nombre de grands électeurs par État se fait en fonction de leur poids démographique, selon des règles qui leurs sont propres.


Source : RealClearPolitics 

Cependant, avant la date fatidique du 6 novembre, il y a la course à la présidence. La première étape se déroule deux ans avant les élections. C'est ce que l'on appelle les primaires invisibles, une entreprise de séduction pour obtenir des soutiens financiers. Ensuite viennent les primaires (scrutins classiques qui désignent environ 80% des délégués) et les caucus (assemblées de citoyens plus ou moins formelles). Il s'agit durant ce marathon s'étalant sur six mois, d'obtenir le nombre de délégués nécessaire à l'investiture officielle du parti, lors de la Convention nationale. Cette année, les candidats républicains doivent avoir réuni 1144 voix sur 2286 pour l'emporter. L'élément indispensable pour perdurer dans la course est avant tout l'argent, qu'il faut savoir investir à bon escient, notamment dans les "swing states" (les États qui n'ont pas d’allégeance particulière) qui ont par conséquent une importance stratégique.
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Ce que l'on peut retenir de la campagne du parti républicain à l'heure actuelle, c'est son manque de saveur et d'enthousiasme. Le GOP, qui a souffert de fortes divisions internes, recueille moins de ressources financières que son adversaire, ce qui est un désavantage de taille pour Romney.

Le parti républicain à l'heure d'Obama

Sarah Veilleux-Poulin (candidate à la maîtrise en science politique à l'UQAM et chercheure à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques) analyse l'évolution du parti républicain sous Obama. Ces primaires se déroulent sous le spectre d'une économie morose et d'un taux de chômage inquiétant. Depuis 2008, on note une augmentation constante du taux de pauvreté. L'écart entre les riches et les pauvres se creuse. Aujourd'hui, 45 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de 10% de la population totale du pays. Cette réalité offre au GOP les munitions dont il a besoin pour s'attaquer de front aux politiques de relance du président, dont notamment la loi sur Wall Street. Il faut, selon les candidats, sauver la société américaine du socialisme, symbolisé par l'augmentation des financements sociaux et la réforme sur l'assurance santé. Obama est largement accusé d'attiser les guerres de classes. De ce fait, la polarisation de la société concernant les enjeux moraux et religieux est de plus en plus importante.

Pour mieux comprendre cette notion de polarisation de l'électorat, Sarah revient sur les enjeux défendus par chacun des candidats républicains. Romney, malgré son statut de favori peine encore à se connecter avec l'électeur moyen. Sa fortune personnelle l'éloigne de la réalité économique de la classe moyenne. Son affiliation religieuse (mormon) et son comportement de girouette (Flip-Flopper) jouent également en sa défaveur. De plus, le succès de l'ultra-conservateur Rick Santorum reflète la polarisation de l'électorat, rendant la tâche difficile à Romney dans l'établissement de son programme de campagne.

Pour Romney, la relance de l'économie passe par des baisses d'impôts aux entreprises, des coupures dans les dépenses fédérales. La signature de nouveaux accords de commerce sur la scène internationale permettrait la relance de l'emploi. L'élément au centre de leur programme est l'annulation d'Obamacare (dont le taux d'approbation est de moins de 50%), qu'ils considèrent comme une ingérence gouvernementale dans les libertés individuelles et entrepreneuriales. Pour y parvenir, le GOP envisage un recours collectif des États devant la Cour suprême. Un des points faibles du discours républicains reste cependant leur attitude réactionnaire en matière de droit des femmes. Selon les sondages, ces dernières voteront massivement (à plus de 55%) pour le président démocrate.


Quel bilan pour Obama?

Pour l'ensemble des conférenciers, c'est la désillusion qui est de mise. Certains lui reproche par exemple, le maintien de la prison de Guantanamo, son bilan économique qui est loin d'être à la hauteur des promesses annoncées, et enfin, le taux de chômage qui stagne entre les 8 et 9%. On n'évoquera pas le bilan de la politique étrangère de l'administration Obama, qui n'apparaît pas pour l'instant, au coeur de la campagne de 2012.


Claude Berlinguette-Auger (étudiante à la maîtrise à l'UQAM) revient également sur le bilan du 44e président.  Avec une côte de popularité en dessous des 50%, Obama se retrouve face à une situation délicate et ne peut donc plus compter sur le vent d'espoir qui l'a fait gagner en 2008. Cet homme doué d'un très grand charisme est un expert de l'image. Malheureusement, il n'a pas su exploiter pleinement ce potentiel, pour agir en vrai leader. Ses opposants ont exprimé leur opposition par des discours de plus en plus radicaux et virulents envers le président. L'inexpérience de son équipe lui a coûté de grosses défaites comme le refus des Républicains de consentir à une hausse d'impôts pour diminuer la dette publique, ce qui était un élément majeur du mandat d'Obama. En effet, le déficit fédéral en 2011 atteint 9% du PIB soit une première depuis soixante ans. Taux amené à se maintenir dans les prochaines années, compte tenu , entre autre, du ralentissement économique et du vieillissement de la population.

La réforme de l'assurance maladie (l'Obamacare), cheval de bataille du président a monopolisé l'attention de l'équipe présidentielle pendant plus de 14 mois, reléguant au second plan l'économie et le chômage pourtant au coeur des préoccupations des Américains. La polarisation croissante de l'électorat paralyse le processus législatif puisqu'il devient de plus en plus difficile pour les deux partis de s'entendre, et de faire des concessions sur des enjeux majeurs comme l'économie,  le chômage, ou le déficit public.

 Dans ce cadre quel est le contexte de campagne d'Obama pour 2012? Tout d'abord, il est très rare qu'un président sortant ne soit pas réélu. De plus, comme il l'a déjà prouvé en 2008, c'est une vraie bête de campagne qui sait séduire les masses. Même si l'économie n'est pas au beau fixe, elle s'améliore progressivement, ce qui joue en sa faveur, à condition que la croissance se maintienne à un taux supérieur à 0,5%. Le parti républicain a souffert de grandes divisions internes et même si Romney devrait remporter l'investiture officielle du parti, il est encore loin de faire consensus au sein de sa base électorale. Obama devra se battre, sa victoire ne s'annonce pas facile. Son bilan demeure assez mitigé, le chômage reste élevé, et sont taux d'approbation nationale est dangereusement bas.



Les grands retournements électoraux sous Obama (2008, 2010, 2012)

En guise de conclusion, Frédérick Gagnon (directeur de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, et professeur au département de science politique à l'UQAM) revient sur le comportement électoral des Américains sous Obama.

Comme il le souligne, un des particularismes des États-Unis est la volatilité de son électorat, ce qui est inquiétant pour la politique américaine. En 2008, l'impopularité des Républicains a favorisé la victoire des démocrates. Le charisme d'Obama et sa gestion de l'image ont suscité un grand enthousiasme (l'Obamanie), habilement exploité par son équipe de campagne.

Cependant l'enthousiasme aura été de courte durée. Les Américains sont déçus et le font sentir par le biais des urnes. Les élections de mi-mandat en novembre 2010 sont un coup dur pour le président. La Chambre des représentants repasse aux mains des Républicains qui gagnent plus de 60 sièges. Désormais, leur objectif est d'empêcher Obama d'avancer dans ses réformes en paralysant le processus législatif, notamment par l'utilisation excessive de l'obstruction parlementaire (le filibuster), qui consiste à prononcer délibérément d'interminables discours pour faire obstruction à un débat sur un projet de loi.

Obama n'est pas dans une situation confortable pour ces présidentielles de 2012. Ses réformes sont perçues comme étant des politiques de centre gauche ce qui est loin de faire l'unanimité y compris au sein de son propre parti. La manière dont ces politiques ont été médiatisées a permis au Tea Party d'accroître son poids politique.

La théorie de la thèse institutionnelle propose d'expliquer les difficultés d'Obama d'une autre manière : tout serait la faute des pères fondateurs. En effet, le Congrès des États-Unis détient d'immenses pouvoirs, et jouit d'une indépendance vis-à-vis du président. Au Sénat, il faut une majorité de 60 sénateurs sur 100 pour clore les débats et passer au vote sur un projet de loi. Sauf qu'aucun parti ne possède cette majorité absolue, qui lui permettrait de faire voter facilement ses projets de loi. Il faut donc sans cesse courtiser les membres du parti adverse pour parvenir à ses fins, ce qui implique forcément des concessions.

AE.  

lundi 23 avril 2012

Les présidentielles françaises vues d'Amérique

Retour sur les résultats

Billet spécial, en ce lendemain de vote français. C'est une mobilisation citoyenne massive (80%) qui caractérise ce premier tour. Quelques surprises (bonnes ou mauvaises selon le candidat) sont à noter. Le PS réalise sont meilleur score au premier tour depuis 1988 (avec Mitterrand) avec plus de 28% des suffrages. Pour le président sortant qui se qualifie en deuxième position, avec 27% des suffrages c'est un score quelque peu décevant. Cependant, les 18% de Marine Le Pen créent la surprise et permet à la droite de se frotter les mains.

En effet, la gauche ne doit pas se réjouir trop vite, on est loin d'une victoire écrasante. Les deux candidats se talonnent de près, et vont devoir mener une ultime campagne d'ici le second tour, celle de la séduction des candidats des partis adverses afin d'obtenir les faveurs de leur électorat respectif. 

Les équations prévisionnelles pour le second tour démontrent que la course est très serrée, même si Sarkozy semble en meilleure posture que son adversaire: 27% (score personnel du premier tour + 18% (FN) + ?% du Modem, rien n'est encore joué. Pour Hollande, en revanche, l'équation rapporte moins : 28% (score personnel au premier tour)+ 11,2% (Mélenchon) + ?% Modem + les quelques 4% des autres partis de gauche. S'il veut assurer sa victoire, il doit parvenir à séduire une portion suffisante de l'électorat FN afin de faire tomber le président en place, et c'est une tâche extrêmement difficile qui attend le candidat.

Quelques mots venus d'Amérique

Les Américains réalisent une analyse assez juste de ce qui se passe en France. Le New York Times  dans sa présentation des deux principaux candidats n'a pas mâché ses mots. Hollande est vu comme le gentil outsider qui essaie de gagner en capital sympathie en se faisant passer pour quelqu'un de "normal" (et là j'aimerais savoir ce que signifie ce "normal"), en opposition à l'hyper-président Sarkozy. Seulement, Steven Erlanger, dans son article "The Soft Middle of François Hollande" souligne que le candidat socialiste ne déchaîne pas les passions et que tout comme Romney il va falloir sortir du combat contre le président sortant pour affirmer un vrai programme d'action efficace. C'est là le plus grand défi qui attend le vainqueur aux lendemains des élections. L'euphorie et les "passions" que peuvent susciter une campagne seront retombées et il faudra agir.

Dans le portrait de Nicolas Sarkozy (que je vous invite fortement à lire), on fait le bilan, le constat de ces cinq années passées à la tête de l’État. Tout y est mentionné, de son hyper-médiatisation aux sujets plus sérieux comme l'économie, le chômage, la réforme des retraites, la situation critique de l'Europe, l'Afghanistan,  etc . Le Président sortant est présenté comme un homme affaibli, reconnaissant ses erreurs, mais qui souhaite aller de l'avant dans ses politiques, concentrant ses efforts sur la relance de l'économie, la lutte contre le chômage et la réduction du déficit public (nécessitant selon lui, des coupures budgétaires).

Finalement, Hollande, le candidat du "centre mou " et perçut comme le gentil homme "normal", rassurant qui répond à l'idéal français de l’État providence et créateur d'emplois : "The French social preference for raising taxes as opposed to cutting public spending is very deep". Alors que Sarkozy est dépeint comme un homme, plus réaliste et plus expérimenté, déterminé à poursuivre ses réformes sans grands compromis, plus proche du modèle anglo-saxon, du libre-marché : 



AE


dimanche 15 avril 2012

Des prévisions exactes !

Lors du colloque du 22 mars organisé par la Chaire Raoul-Dandurand, les experts présents ont tous sans exception, déclaré que Romney serait le challenger du président sortant le 6 novembre prochain. Avec l'abandon de Rick Santorum dans la course à l'investiture les prévisions se sont révélées exactes. 



Maintenant que Romney mène la course (et oui Gingrich et Ron Paul n'ont pas encore abandonné), il doit concentrer ses efforts pour rallier l'ensemble de l'électorat républicain, s'il veut espérer battre Obama. L'influence du Tea Party dans ces primaires est un fait nouveau. Forçant un virage à droite dans les discours de campagne, les ultraconservateurs souhaitent reconstruire la base idéologique du GOP, qu'ils jugent trop modérée, prônant un retour aux valeurs morales et religieuses dans la vie politique. Finalement, comme le souligne Kate Zernike du New York Times, cette campagne a mis en relief les profondes divisions qui règnent au sein de la branche conservatrice de l'électorat, diluant de ce fait le capital politique de leurs candidats.

Romney a encore d'autres batailles à livrer. Désormais, pour contrer le manque d'enthousiasme dont il est victime, il doit opérer un choix stratégique de ticket présidentiel. Pour cela, il doit choisir LE colistier qui lui permettra de rassembler le plus possible son électorat. En effet, l'échec  McCain-Palin de 2008 ne doit pas se reproduire. Là est le danger car les deux hommes un temps adversaires, ne sont pas si différents. Tous deux modérés, ils ont la ferveur des plus riches et des plus éduqués, qui cultivent un conservatisme plus économique que moral. L'enthousiasme général n'est donc pas au rendez- vous, d'où l'importance de bien choisir l'éventuel futur vice-président. Car même si ce dernier ne rapporte pas forcément de points dans les sondages, il peut mettre le candidat en difficulté si il s'avère un choix non judicieux. 

Le plus dur est encore à venir pour l'ancien gouverneur du Massachusetts. Il doit à la fois séduire une portion plus importante de l'électorat ultraconservateur afin de gagner en crédibilité, sans pour autant s'aliéner le vote des indépendants. Cet électorat plus volatile peut jusqu'au dernier moment, faire basculer l'issue d'une élection. Et malgré un charisme certain, le capital sympathie à l'échelle nationale du "favori" est nettement inférieur (26%) à celui d'Obama (64%), ce qui est problématique dans ces élections, où la personnalité d'un candidat est autant, si ce n'est plus importante que son programme.

Alors quelles sont les personnalités susceptibles de combler ce ticket présidentiel?

Marco Rubio est sénateur de Floride, et chouchou du Tea Party. L'avoir comme colistier permettrait à Romney de rallier l'électorat hispanique.








Nikki Haley, gouverneure de la Caroline du Sud, est une personnalité influente du Tea Party. Elle représente une bonne alternative à Sarah Palin, pour séduire l'électorat féminin.







Rick Santorum, le plus sérieux adversaire de Romney dans cette campagne. Inconnu du grand public au début de la course, il a su mobiliser l'aile ultraconservatrice du parti républicain, démontrant que les valeurs morales et religieuses sont un des enjeux majeurs de ces élections. 





Dernier choix probable: le très populaire Chris Christie, gouverneur du New Jersey. A l'automne dernier il faisait parti des candidats favoris dans la course à l'investiture républicaine. Il a préféré ne pas se présenter.










Affaire à suivre...


AE

mercredi 4 avril 2012

Toujours pas de consensus !!

Aïe aïe, je sais que j'accuse un retard terrible dans la suite du soap électoral américain. Mais faute avouée est à moitié pardonnée (enfin paraît-il !!). Alors que s'est-il passé ces deux derniers mois chez nos amis du Sud?

Petit rappel des victoires et défaites de nos chers candidats conservateurs. Mitt Romney a remporté le 31 janvier dernier l’État de la Floride et ses 50 délégués. Il poursuit sa lancée et distance considérablement ses adversaires dans le Nevada, qui grâce à la portion non négligeable de Mormons lui permet de réaliser un score de 43%  contre 26% pour Gingrich, 18,5% pour Ron Paul et 13% pour Rick Santorum.

Mais le 7 février il sera coupé dans son élan avec ses défaites dans le Colorado et le Minnesota au profit de son grand rival ultra conservateur Rick Santorum, ce qui change la donne de cette course. En effet, jusqu'aux primaires de  Floride le bras de fer s'annonçait entre Mitt Romney et Newt Gingrich, l'ancien speaker de la Chambre des représentants qui semble désormais hors course au profit de Santorum. Romney reprend son souffle difficilement en remportant le caucus du Maine du 11 février avec 39% des voix talonné de près par Ron Paul avec 36% des voix.

Le modéré continue son avancée avec la victoire du Michigan de l'Arizona et du Wyoming. Mais, malgré ses victoires, il a du mal à convaincre, et c'est là une épine dans le pied considérable. La victoire arrachée de Romney dans son État natif du Michigan démontre la faiblesse de ce candidat, qui en cas de défaite aurait vu son image considérablement entachée. Santorum peut se frotter les mains et se vanter de mener la vie dure à son adversaire, mettant en branle sa crédibilité politique.

Vient ensuite le Super Tuesday (cette année le 6 mars). Enjeu déterminant puisque 10 États organisent leurs primaires en même temps (Alaska, Géorgie, Idaho, Massachusetts, Dakota du Nord, Oklahoma, Tennessee, Ohio, Vermont, Virginie). A eux dix, ils représentent 437 délégués sur les 1144 a obtenir pour espérer l'investiture officielle républicaine, lors de la convention nationale du Parti en août à Tampa (Floride). Finalement, Mitt Romney remporte le Massachusetts, la Virginie, le Vermont, l’Idaho, l'Alaska et surtout l’Ohio, État décisif. La victoire de Mitt Romney dans cet État a été longue à se dessiner, avec 38% des voix contre 37% à Rick Santorum. Mais les victoires de l'ultraconservateur Rick Santorum dans le Tennessee, l'Oklahoma et le Dakota du Nord, empêche Mitt Romney (contrairement à ce qu'il espérait) de donner le coup de grâce à ses adversaires. Sur le plan national, Mitt Romney reste encore le favori mais il peine toujours  à convaincre la base conservatrice du parti.

Après le Super Tuesday viennent les primaires dans un certain nombre d’États conservateurs, qui se prononceront en faveur de Rick Santorum, comme l'Alabama, le Mississippi. Dans l'Illinois (bastion d'Obama) Romney sort vainqueur avec 45% des suffrages contre quand même 35% pour Santorum. Dans le Missouri, Santorum rapporte le soutien populaire avec 55,2% des voix distançant largement le favori Romney (25,3%).  Depuis aujourd'hui, avec les victoires de Romney dans le Wisconsin et le Maryland le nombre de délégués attribués à chaque candidat est de 652 pour Romney, 269 pour Santorum, 140 pour Gingrich et 67 pour Paul selon le site spécialisé RealClearPolitics.

L'ensemble de ces résultats vient confirmer deux choses. Tout d'abord, on constate que l'absence de consensus de l'électorat républicain auprès d'un candidat fait toujours défaut. Même si Romney est donné gagnant, il ne faut pas pour autant se fier aux apparences. L'investiture officielle de Romney ne s'annonce pas si facile. L'ultraconservatisme qui caractérise les adversaires de l'ancien gouverneur du Massachussetts oblige ce dernier a orienter son discours de plus en plus à droite. Même si il sort vainqueur de cette course, Gingrich, Paul et Santorum auront influencé considérablement l'orientation de cette campagne, en démontrant qu'une portion non négligeable de l'électorat américain souhaite un retour au conservatisme économique moral et religieux. Mitt Romney devrait, grâce aux primaires dans les États du nord-est, à l'électorat relativement modéré, rester en tête de la course. Mais Santorum pourrait lui donner du fil à retordre dès le mois de mai avec les États conservateurs de l'ouest et du sud du pays, comme le Texas, le Nebraska et le Kentucky. Mais il faut attendre  juin avec les primaires de Californie pour que Romney parvienne à obtenir les 1.144 délégués.

Cependant, le nerf de la guerre en matière de campagne reste depuis toujours l'argent et c'est cette donnée qui finalement aura raison des candidats. Romney qui possède une fortune personnelle colossale, reste donc le grand favori, malgré l'élan qui porte Santorum et qui risque de lui attribuer des financements de la part du Tea Party.
D'ailleurs pour ceux qui s'intéressent au dessous des financements des campagnes électorales aux États-Unis, je vous réfère à deux articles. le premier de Leah Pisar, et le deuxième fort passionnant d'Elisabeth Vallet qui se penche sur les dérives des financements des campagnes.

Le prochain billet sera consacré au compte rendu du colloque : "Elections américaines 2012: en route vers le duel de novembre" organisé le 22 mars par la chaire Raoul Dandurand de l'UQAM 

AE

vendredi 27 janvier 2012

Tout le monde veut prendre sa place !

Réchauffons le slogan utilisé par l'émission le petit journal, sur Canal+ (en référence à une émission de divertissement), pour évoquer la course à l’Élysée, "Tout le monde veut prendre sa place". Il en est de même pour Obama, qui va devoir faire preuve d'une certaine ingéniosité, pour conserver sa place à la Maison-Blanche.

De nombreux candidats (peut-être même un peu trop) se sont déclarés challenger potentiels. Si bien que, comme le souligne Frédérick Gagnon, il y a eu des candidatures pour le moins singulières avec des personnages pas tout à fait "sûrs de ce qu'ils pensent". Ce qui rend les primaires républicaines assez amusantes à suivre, où, telle une sitcom, on a hâte de connaître les prochains rebondissements, même si, les candidats manquent cruellement de saveur.
La course à l'investiture se poursuit. Après le caucus en Iowa le 3 janvier dernier, les primaires du New Hampshire, le 10 janvier, et la Caroline du Sud le 21 janvier, la Floride est le prochain rendez-vous à ne pas manquer.

En effet, le 31 janvier prochain, la bataille va se jouer (pour l'essentiel), entre Mitt Romney, grand favori, et Newt Gingrich qui a remporté les primaires dans l’État très conservateur de la Caroline du Sud. Santorum serait, selon les sondages, moins bien placé pour espérer la victoire. Ron Paul, quant à lui, préfère se concentrer sur le prochain État en jeu, à savoir le Nevada.
Comme le précise Élisabeth Vallet, la Floride est une étape importante, dans les primaires républicaines. En effet, ce vaste État compte près de 20 millions d'habitants, dont 22,5% d'Hispaniques, et 17,3% de retraités. Le chômage atteint le chiffre alarmant de 9,9% soit un point de plus que la moyenne nationale. De plus, la grande diversité de l'électorat rend la tâche difficile aux candidats, dans l'élaboration de leurs thèmes de campagne. Cependant, dans l’État de l'orange, ce sont des primaires fermées, c'est-à-dire que seuls les électeurs enregistrés comme républicains sont invités à voter. Par conséquent, les conservateurs peuvent espérer remporter des voix supplémentaires. Même si le sort n'est pas scellé à la suite de ces élections, la règle du winner-take-all attribue au candidat vainqueur,  les 50 grands électeurs de cet État. Ainsi, dès mercredi prochain, nous aurons une vision plus précise des candidats réellement susceptibles de remporter l'investiture républicaine.

Pour comprendre l'enjeu de ces primaires, il faut d'abord saisir leur importance stratégique pour les candidats. Ce sont des élections locales, État par État, ce qui signifie des préoccupations différentes. Les candidats doivent adapter leurs discours en fonction  à la fois de l'électorat visé, mais également selon le style de vote (ouvert ou fermé) en vigueur dans l’État concerné, qui est indépendant et libre d'organiser les primaires comme il le souhaite. (pour une analyse plus détaillée, voir le lien ici, de l'interview de Donald Cuccioletta).
Quant à Obama, même s'il se trouve aujourd'hui dans une situation difficile et défavorable (taux d'approbation très faible 45%, une économie au ralenti, un taux de chômage qui peine à fléchir, un contexte international délicat avec la crise en Europe, des bouleversements politiques en Corée du Nord et au Proche-Orient, la recrudescence de la Russie sur la scène internationale,...), il semblerait que le président parvienne à sortir son épingle du jeu. On l'attendait avec impatience le traditionnel discours du "State of the Union"qui , cette année, lance officiellement la campagne d'Obama pour 2012. Afin de tirer à son avantage le contexte morose actuel, il affirme vouloir aller de l'avant dans ses réformes. Il appelle à une plus grande justice sociale, économique et fiscale affirmant vouloir redorer le blason de la GRANDE Amérique:"America is back".  Il place la relance de l'industrie et l'emploi au centre de sa campagne. Il veut taxer les plus hauts revenus, augmenter les impôts des plus grosses sociétés, lutter contre les délocalisations afin de rapatrier l'emploi sur le sol américain. Mais le titre même de son discours est révélateur : "An America built to last", aucune révolution s'annonce à l'horizon.  Il s'agit plus de continuité, que de changement. Avec seulement 45% d'avis favorable, c'est un pari assez risqué.

Les adversaires d'Obama dénoncent l’inefficacité de sa politique. Mais, malgré les critiques  envers le président, le GOP peine à affirmer un programme alternatif efficace qui serait soutenu par un candidat faisant l'unanimité. Au contraire, les primaires républicaines reflètent un parti divisé, où il s'agit de choisir, non pas le meilleur candidat, mais le moins pire. Mitt Romney semble le seul capable d'affronter Obama. Mais l'ancien gouverneur du Massachusetts ne fait pas consensus au sein de son parti. Issu de l'église mormone, il est bien souvent accusé d'être trop modéré sur les questions morales et religieuses. En effet, Romney défend un conservatisme économique et se montre plus ouvert sur les questions sociales, comme l'illustre l'adoption durant son mandat de gouverneur d'une assurance de santé quasi universelle aux résidents du Massachusetts. Ironiquement celui qui s'est entouré d'anciens membres de l'équipe de campagne de George W Bush semble changer d'avis comme de chemise, en fonction du contexte du moment. N'est-ce pas sur ce créneau que cette fameuse équipe a discrédité John Kerry en 2004 avec ce slogan publicitaire "Windsurfing" .... Affaire à suivre !
Soyons mauvaise langue: l'alternative Obama se résume pour le moment, à une girouette mormone, où à un ultra conservateur divorcé, qui rêve de coloniser la lune .... hum, ça promet !

Pour une vision extrêmement claire et précise des élections de 2012, je vous réfère à cette analyse tout à fait pertinente réalisée par Charles-Philippe David et Frédérick Gagnon, qui vous présente en détail les enjeux déterminants de cette campagne. Sans oublier l'ouvrage de d’Élisabeth Vallet et Karine Prémont "Elections présidentielles américaines 2012".

AE